Portrait Artiste par Noémie Sergent

Journal de Pontault /Numéro de mars 2015 – Portrait

Corinne Dubosque : l’encre dans la peau

Cette tatoueuse au franc parler milite pour que le tatouage soit reconnu comme discipline artistique. Dans son salon Paradise Tatoo, elle expose aussi ses peintures.
Les manches légèrement remontées de son pull laissent apparaître, à l’intérieur de son poignet droit, un crayon à papier, avec, au bout de la mine, une flaque de sang. Les attentats de Charlie Hebdo, le 7 janvier dernier, ont laissé une trace sur le bras de Corinne Dubosque. « C’est le dernier que j’ai fait, confie-t-elle. Référence à la liberté d’expression. » Un principe qu’on sent cher à cette cinquantenaire qui parle sans filet avec une gouaille étonnante.
Cela fait vingt ans que Corinne Dubosque tatoue. Installée à Le Plessis Trévise 94420 depuis Mars 2015 et Pontault-Combault depuis 2006, elle a ouvert son premier salon de tatouage à 30 ans, à Melun.
Cette perfectionniste au débit de parole incroyable file aux Etats-Unis se frotter aux pointures du métier. C’est là-bas, qu’à 31 ans, elle tatoue, lors d’un concours, un portrait de Jimmy Hendricks sur un mollet qui lui vaut un prix derrière Kari Barba, l’une des meilleurs de la profession.
Bosseuse, Corinne Dubosque refait systématiquement le dessin que lui soumet chaque client. « On l’oublie souvent mais un bon tatoueur est avant tout quelqu’un qui sait dessiner. Mais si le tatoueur est un artiste, et c’est vraiment un artiste », insiste-t-elle. Elle vérifie également que le futur tatouage soit « adapté à la partie du corps que le client a choisi pour le porter». « Il ne faut jamais oublier que la peau va vieillir et les lignes du dessin se distendre. » En 20 ans de métier, elle a vu le profil des tatoués changer : « Pendant longtemps, le tatouage ne se montrait pas. Aujourd’hui, si on pouvait l’avoir sur le front, ce serait idéal », ironise-t-elle.
Le tatouage, et le dessin l’amènent à s’intéresser à la peinture, à l’histoire de l’art, et ses tatouages reprennent les maitres de la peinture pour quelques clients, afficionados du tatouage, à qui elles propose à la place des motifs traditionnels et convenus ; des estampes d’Utamaro ou d’Hokusai, le projet de la copie d’un Caravage dans un dos, un Rustin sur un bras, le projet d’un Velikovic sur une jambe, ce qui répond à son besoin d’ouvrir encore son langage artistique. Poursuivant cette recherche, elle découvre dans la peinture abstraite, un langage qui dépasse le dessin, et qui ouvre de son travail d’artiste sur quelque chose de plus poétique ; vers une d’expression plus libre.

Elle s’intéressait à la peinture, depuis longtemps, et il y a un et demi, en croisant une toile du Chinois Wang Yan Cheng, fascinée, elle décide de franchir le pas, et elle travaille d’arrache-pied sur les différents projets de paysages mentaux, découvre un langage qui vient compléter son univers. Vite, sa peinture est appréciée, ce qui fait que le marché de la peinture attribue une côte à ces travaux. Plusieurs de ses tableaux aux tons ocre et bruns ornent les murs de son salon de tatouage. Alors Cotés, certains de ces travaux valent plusieurs milliers d’euros. Pourtant, Corinne Dubosque ne s’est toujours pas faite à l’idée qu’ils puissent valoir autant. Pire : elle se moque pas mal de ce qu’ils deviendront. « Une fois que je les ai faits, que j’ai pu m’exprimer librement, un travail aux antipodes de la précision et de la concentration du tatouage, je me fiche totalement de la suite. Pour moi, c’est l’expression d’un instant, c’est éphémère». Drôle de confidence pour une tatoueuse dont les dessins sont indélébiles.